Compte-Rendu 29/10 : Bayonne – Agen

Après une semaine de pause, les espoirs de l’Aviron retrouve les terrains et la victoire. Un succès 26-23 face au SU Agen acquis dans la douleur.

ENTRE JUSTICE ET INSOUCIANCE : UN APRES MIDI A BELASCAIN

Il flottait samedi après midi dans nos remparts bayonnais un petit air printanier faisant la nique à ce symbole de l’automne qu’est la Toussaint. L’air charriait ce « je ne sais quoi » d’insouciance et de félicité qui vous invite à croire que rien de fâcheux ne peut vous arriver. Nos couleurs « bleu et blanc » flottaient gentiment, accolées à la tour du Bourreau, rappelant aux chalands « qu’ici, c’est le pays de l’Aviron », ce qu’une promenade en ville ces jours-ci ne pouvait laissait soupçonner aux nombreux touristes encore présents ni même aux bayonnais bon teint.  Car l’ « avironnard » fait  profil bas ces jours-ci et se ronge les sangs sur les hauteurs de Saint Léon ou sur les bords de la Nive. Nous nous retrouvions donc entre amoureux du rugby, confiants et fiers sur la butte de « Bélascain », pour supporter nos Espoirs.

Justement, aujourd’hui ce match face à Agen s’annonce bien : météo magnifique, équipe bayonnaise complète et confortée par son excellente prestation toulonnaise, visiteurs handicapés par quelques blessures ou absences. Le hors d’œuvre (le plat de résistance est pour 20 heures 45 …) devrait passer sans problème ! Cela débute en effet fort bien. Cinq très bonnes minutes bayonnaises renforcent l’optimisme du supporter bleu et blanc qui, « in petto », estime que « ce sera facile ». Et déjà une pénalité bien placée vient concrétiser ces agréables pensées. Ah mince ! Elle est manquée. Péripétie pense t’on alentour. Ainsi que le renvoi agenais égaré par une arrière garde bayonnaise sans doute aussi confiante que la galerie de la butte. La pénalité qui sanctionne l’étourderie met Agen en tête mais il est trop tôt pour que l’inquiétude escalade les gradins. D’ailleurs, l’équipe locale met résolument la main sur le ballon et sur le match. Touches et mêlées sont à notre avantage et c’est fort naturellement, et tout aussi justement, qu’une « pénaltouche » engendre un maul d’école qui amène l’ensemble de notre pack derrière la ligne d’essai agenaise. Avec la transformation de Tarozzi, le score monte à 10-3 et la félicité gagne du terrain sur les étagères. D’autant plus vite que la domination locale continue et que voici une nouvelle « pénaltouche » qui se présente dont l’issue semble toute aussi prévisible pour l’assistance. Aie ! Ballon perdu et long dégagement agenais qui s’allonge jusque dans l’en but bayonnais pour un renvoi aux vingt deux mètres aussi rassurant que possible. Re-Aie ! Ballon envoyé directement en touche et remise en touche choisie par les agenais. Aie ! Aie ! Aie ! Défense d’un modèle inconnu de nos avants qui ne sautent ni ne plaquent. C’est sans doute très intelligent, trop, à coup sûr,  pour le quidam béotien, mais en tout cas très profitable pour les agenais qui marquent un essai sans coup férir et reviennent à égalité avec la transformation. « Hé hé » se dit on désormais : « Peut être moins facile que prévu » !

Heureusement, la mêlée reste une valeur sûre chez nos bayonnais. Elle accouche d’une pénalité qui redonne l’avantage à nos couleurs 13-10 à la demi-heure de jeu. C’est bien le seul secteur à notre avantage. Dans tous les autres domaines, la domination des visiteurs est maintenant très nette. Elle est facilitée par la curieuse tactique consistant à ne pas sauter sur les touches adverses. Ce faisant (ou plutôt non–faisant), on facilite la tâche adverse dont on ne risque gêner ni le gain du ballon ni l’organisation qui en découle. Et les Agenais savent y faire. A partir de là, ils délivrent à leur excellente ligne arrière, dont le jeu de ligne suscite quelques envies (sinon nostalgies …) parmi les témoins, de très bons ballons qui obligent la défense bayonnaise à s’employer encore et encore … tandis que l’inquiétude commence à gagner quelques esprits plus chagrins ou moins optimistes. A la lisière de la mi-temps, le pack agenais est aussi à la lisière de notre ligne d’essai. Mais voilà un ballon qui tombe de leurs mains, poussé vers le large par un pied bayonnais, puis poussé encore, poursuivi par deux bleus ciel et deux bleus foncés. Mais à la fin, c’est Maillard qui est le plus rapide pour pointer en coin ce petit miracle d’improvisation et de soulagement. Preuve que la Justice Divine existe puisqu’il n’y pas que le BO qui peut inscrire de tels essais réellement miraculeux au sortir d’un bon quart d’heure passé sous assistance respiratoire. Qu’importe, avec la transformation de Tarozzi, nous en sommes à 20 à 10 à la mi-temps. Mais l’insouciance et la félicité s’en sont allés avec cette prestation locale en demi-teinte. Le vent aura beau souffler, désormais, dans le dos de l’Aviron, le spectateur engagé est maintenant plus soulagé que rassuré.

Décidément, non, la sérénité n’est pas de mise. Après que le vent ait décidé de se reposer, l’arbitre décide de sévir à l’encontre de l’ensemble local, y compris sur son point estimé fort de la mêlée sans, qu’apparemment, on ne puisse songer à le lui reprocher. En cinq minutes, voilà les Agenais revenus à 16-20 avec, en poupe, le vent du jeu et de l’espoir car ils ont désormais la main mise sur le match. Mais il y sans doute dans l’atmosphère de notre cité, un brin de folie, ou de dilettantisme, à la contagion desquels beaucoup ne peuvent échapper. Ainsi, plutôt que de confier à leur irréprochable buteur le soin de convertir deux pénalités qui leur eussent permis de passer devant leurs hôtes, les Lot et Garonnais choisissent d’aller en touche et gâchent les deux munitions ainsi approvisionnées sous l’œil goguenard d’amateurs avertis, tellement habitués à de telles fantaisies.

Les uns largement dominés, les autres frustrés et déçus, c’est ainsi que, parfois, les situations dégénèrent. Sans trop de surprise, nous eûmes donc droit à une longue et grosse « générale » consécutive à un plaquage haut d’un Agenais sur Muscarditz. Palabres aussi longs qu’habituels après la fin des échanges avec le traditionnel jugement de Salomon : un jaune et un rouge de chaque côté sans qu’on soit bien certain que chacun recueille là selon ses mérites. Duputs en est sûrement convaincu. Pour Mamao, le juge était sans doute très proche de la vérité. Quoiqu’il en soit, et l’on voit là que, parfois, la justice est fragile, le crime ne profite pas toujours au désigné coupable. En l’occurrence, ce sont les Bayonnais qui tirent le mieux les marrons du feu. A vingt minutes de la fin, la dynamique du jeu agenais est cassée tandis que les Bayonnais s’aperçoivent enfin qu’en sautant sur les touches adverses, on peut gagner à la fois au tirage (je récupère le ballon) et au grattage (je perturbe l’utilisation du ballon gagné par l’adversaire). Et d’inverser ainsi la tendance de l’occupation territoriale. Avec ses bénéfices attendus : deux pénalités transformées par Tarozzi et un score de 26 à 16 à dix minutes de la fin de nature à remettre le supporter bayonnais dans une félicité qu’il affectionne tant elle est rare lorsqu’il aborde les parages de Saint Léon.

Sur le terrain, l’insouciance, déjà perçue après le 10-3 inaugural, est de retour. A nouveau, on ne dispute plus les touches sur lancers adverses et Agen reprend le jeu à son compte. Maintenant sur le reculoir, les Bleus et Blancs laissent des fautes en chemin qui retiennent l’attention de l’arbitre lequel invite Ducat à regagner les vestiaires avant ses camarades. A quatorze, ne disputant plus le ballon sur les touches adverses, les gars de l’Aviron subissent et encaissent logiquement un second essai qui ramène les visiteurs à 23-26 avec encore deux minutes à jouer. (Au passage, « remember » les deux pénalités non tentées par les Agenais …). Deux minutes comme des instants prémonitoires du « plat de résistance » de la soirée  car décidément « l’Avironnard » ne peut jamais être tranquille jusqu’au bout d’un match de ses « bleu et blanc ». D’autant moins tranquille qu’une dernière attaque agenaise est un exercice d’école : « je prends, je fixe, je donne » et tout cela très vite. Cela se termine par un bout de pied en touche à trois mètres de notre ligne d’essai. Magnifique … dommage qu’on ait eu trop peur pour en profiter vraiment. Il y a tellement longtemps qu’on ne voit plus cela par ici !

Dernière touche, sur notre ligne. Copie conforme de la fin de la première mi-temps : ballon tombé des mains agenaises, poussé par plusieurs pieds bayonnais jusque dans l’en but agenais dans lequel Maillard arrive avant tout le monde, se saisit du ballon, n’a plus qu’à se baisser pour aplatir et enlever le bonus aux agenais mais … le laisse échapper. Preuve définitive, par l’absurde si j’ose écrire, de la Justice Divine car elle ne peut qu’être équitable et il eût été parfaitement inique qu’Agen perde le point du bonus. Divine ou pas, la justice  a gagné samedi à Bélascain et il convient, par les temps qui courent, de s’en féliciter sans retenue.

Quant à l’insouciance, il revenait au coach bayonnais de rappeler quelques vérités à ses ouailles après le trille final. On peut comprendre son courroux. On peut aussi se dire que, lorsqu’il y a victoire, la magnanimité doit l’emporter sur la sévérité même si, « intra muros », quelques évidences sont toujours bonnes à dire.

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Fiche technique

Pour l’Aviron Bayonnais :
2 essais : Nathan, Chaumont (10e), Simon Maillard (38e)
2 transformations de Luigi Tarozzi (11e), (40e)
4 pénalités de Luigi Tarozzi (16e, 30e, 55e, 68e)
Carton blanc : Toma Taufa (35e)
Carton jaune : Arnaud Duputs (53e), Guillaume Ducat (76e)
Carton rouge : Maile Mamao (63e)

Pour le SU Agen :
2 essais : Julien Hériteau (25e), Jules Soulan (78e)
2 transformations : Hugo Verdu (26e, 79e)
3 pénalités de Hugo Verdu (8e, 42e, 44e)
Carton jaune : Félicien Vergnon (53e), Pierre Fouyssac (60e)
Carton rouge : Nicolas Gal (63e)

Composition de l’Aviron Bayonnais :

Mathis Dumain – Nathan Chaumont – Toma Taufa
Guillaume Ducat – Etienne Loiret
Arnaud Duputs – Jean Blaise Lespinasse – Tom Darlet
Rémy Chateauraynaud (m) – Luigi Tarozzi (o)
Simon Maillard – Peyo Muscarditz – Maile Mamao – Arthur Duhau
Julien Tisseron

Remplaçants : Clément Batbedat, Ugo Boniface, Arnaud Aletti, Makatuki Polutélé, Aymeric Luc, Manuel Ordas, Yan Lestrade, Jon Zabala

Composition du SU Agen :

Guillaume Tartas – Guillaume Mazzoléni – Corentin Chabeaudie
Tarik Phillips– Christie Van Der Merwe
Nicolas Gal – Félicien Vergnon – Jessy Jegerlehner
Hugo Verdu (m) – Thibaud Mazzoléni (o)
Valentin Saurs – Julien Hériteau – Nathan Decron – Pierre Fouyssac
Clément Laporte

Remplaçants : Jordan Peyri, Clément Vermond, Poiloux, Paul Gazel, Teiki Tehaameamea, Jules Soulan, Tardieu, Vakhtangi Akhobadze

Arbitres : Loïc Frayssinet (Côte d’Argent) / Gerard Etcheopar (CBL) / Hugo Lavigne (CBL)

Photo : © Pablo Ordas

Résumé du match : © Jean Claude Soulé

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